(Au passage je vous conseille en replay l'émission qui est passée sur France 5 ce soir (25/06/13) sur le suicide - qui est pas mal faite, et pose les questions de base en y donnant des éléments de réponse)

Une parole autour de la mort est-elle toujours à prendre au sérieux ?

Avant de parler de sérieux, parlons de prendre en compte. Oui, une parole sur la mort, même présentée comme une provocation (je pense notamment à l'adolescence), doit être prise en tant que telle, et celui qui la reçoit doit en faire retour : il l'a entendue.

L'imprévisibilité, les passages à l'acte impulsifs existent. Mais ce ne sont pas les tentatives de suicide les plus nombreuses. Il y a souvent des signes, des sortes d'appels, de SOS lancés à l'entourage - qui peut être familial, social, scolaire, amical. Des changements d'habitude, des paroles, des mots, des écrits, des dessins, des choses affichées qui semblent inquiétantes. Des dons d'objets, un changement d'humeur inexpliqué - qu'il soit positif ou négatif, un mutisme soudain, des scarifications. Bref, tout ce qui peut alerter, inquiéter - il faut prêter attention à tout cela.

Les tentatives de suicide chez les adolescents sont plus nombreuses que chez les autres tranches de la population. L'adolescence est une période charnière ou émergent les pulsions, où l'individu enfant se trouve dépossédé d'un corps qui change vite et sans qu'il puisse avoir une quelconque maitrise dessus. Autonome en devenir mais toujours dépendant de ses tuteurs, une pression sociale est présente, au niveau scolaire, au niveau social, par les adultes, la société et les groupes de pairs. Lorsqu'une difficulté trop grande se présente, la seule issue trouvée pour faire entendre quelque chose est de passer par son corps, de mettre en danger son existence même, sans forcément en avoir conscience. Pourquoi ? Pour dire "j'existe" "je suis là" "essayez de me comprendre".

Chez les préadolescents, les 12-13 ans, il y a beaucoup de "suicides réussis", peut-être par inconscience des moyens employés, ou, plus certainement, parce qu'à cet âge là, les individus sont moins indépendants et ne trouvent pas de solution à leur mal-être : c'est l'impasse complète.
Chez les adolescents de 15-16 ans, c'est plus la tentative de suicide (parfois gravissime) : un appel retentissant faisant écho à une souffrance sans réponse, auxquels il faut prêter une oreille.

Ce court article pour encourager les jeunes à en parler - car bien des tentatives de suicide passent aussi inaperçues - et les familles, proches, professionnels (scolaire, santé) à s'y intéresser d'emblée.

En tant qu'infirmière en psychiatrie, je ne peux pas me permettre de ne pas poser la question, à chaque personne que je reçois : avez-vous déjà pensé au suicide, y pensez-vous actuellement, avez-vous songé aux moyens de le mettre en oeuvre ? Ne pas poser cette question, c'est risquer de passer à côté d'une tentative future, peut-être "réussie".