L'inter saison est par excellence le moment de toutes les décompensations, en psychiatrie : les schizophrènes chroniques se mettent à (re)délirer plein tube, les maniaques flambent, les dépressifs tentent de se suicider comme jamais, bref, les services d'urgence implosent.

Il y a quelques jours, j'avais une mère d'adolescente en face de moi.
Une adolescente juste majeure qui allait mal depuis quelques années déjà, se repliant sur elle-même de manière insidieuse mais continue. Dernièrement, des symptômes plus graves étaient apparus. Elle ne supportait plus la lumière, et restait donc dans sa chambre les volets fermés, sans plus voir le jour. Elle tenait des discours de plus en plus décousus et incompréhensibles pour sa mère. Elle poussait la musique trop fort, trop longtemps, seule, dans le noir. Elle avait perdu près de 30kgs en trois mois. Elle tapait de grands coups de poing dans les murs, puis allait se chercher un lait chaud à la cuisine en chantonnant.

(Résumé)

- Que dois-je faire ?
- Votre fille a besoin de soins, Mme.
- Je ne veux pas l'interner d'office, vous ne vous rendez pas compte !

S'en est suivi une longue explication et démystification de l'Admission en Soins Psychiatrique sur Demande d'un Tiers. Sur les unités d'hopitalisation. Sur les pratiques soignantes (non, on n'attache pas les gens à tour de bras et quand ça nous chante, mais je m'égare). Sur les traitements médicamenteux. Sur le lien avec la famille. Sur la suite du suivi.

Des choses que cette mère avait sûrement déjà entendues, par de nombreux psychiatres qu'elle avait déjà consultés au sujet de sa fille.
Mais aujourd'hui, encore, elle "tolère" cet état de faits.
Elle garde sa fille dans son mal-être.
Peut-être parce que comme ça, au moins, elle ne pourra pas lui échapper.