J'aimerais pouvoir un jour dire ces mots, les prononcer pleinement, mettre en perspective toutes leurs dimensions.
"Me voici."

Il va sans dire que je ne les prononcerais pas tout le temps, ces mots, et pas devant n'importe qui.
La formule, et, de fait, ce qu'elle recouvre, sera réservée à mon intime, à ma conscience, et à mes plus proches savants. Ceux que certains appellent "les amis", ces personnes qui connaissent tellement de vous - parfois sans vous cotoyer vraiment. Il s'agit même parfois de collègues, avec qui on a partagé nos plus beaux ratages.

Cela fait un peu plus de six ans que j'ai franchi la porte de l'institut de formation en soins infirmiers pour la première fois.
Cela situe, juste un peu plus tard, le début de mon apprentissages : mes premiers ratages, massifs, formidables, écrasants. Je n'ai pas vraiment fait dans la demi-mesure : j'ai beaucoup raté, ce qui m'a forcé à réajuster très vite.

Et jusqu'à aujourd'hui, je me plante régulièrement. Enfin, disons plutôt que je m'en rends régulièrement compte.

Parfois j'imagine l'économie psychique que je pourrais faire en retournant à GrandHôpital plutôt que de me confronter quasi-toute-seule, avec mon bâton de pèlerine, aux GrandsProblèmes des gens que je rencontre. Le repos intermittent de pouvoir se reposer sur toute une équipe, toute une hierarchie, tout un système.

Le souci dans cette douce (encore que...) rêverie, c'est qu'elle ne pourrait prendre corps que dans une optique de régression. Et la régression n'est pas une phase envisageable tant que je n'aurais pas atteint ce point de non retour, ce moment où je pourrais enfin revêtir ma peau assez opaque et assez transparente de soignante. Celle qui sait aussi quand est-ce que le soin n'est possible qu'en se tenant à distance et en coupant le discours de l'autre, et de ses GrandsProblèmes - entre autres.

Ce moment, que je n'ai jamais perçu si lointain, ce moment que j'imagine serein, où je pourrais vraiment dire "Me voici."