Maxime est de ces patients que j'ai du mal à accueillir.

Au premier abord, il est plutôt sympathique, ou disons plutôt qu'il fait pitié. Il est assez figé, puis il pleure, expliquant qu'il est la victime de tout le monde : ses parents qui le laissent tomber (il les a un peu frappés, mais bon, faut dire aussi qu'ils étaient chiants), ses professeurs qui ne le soutiennent pas (bon, il n'a été sur les bancs que quelque semaines, mais c'est de la faute des profs, ils ne savaient pas rendre leurs cours intéressants), les assistantes sociales qui ne comprennent rien (elles demandent tout un tas de papiers inutiles pour finalement lui proposer des aides insuffisantes), les psys qui sont tous des charlatans (d'ailleurs il en a vu tellement qu'il connaît tous ceux de la ville).

Mais il ne mérite pas tout ça, qu'il dit. Oui, c'est vrai qu'il n'est pas un ange, il a fait de grosses bêtises, mais bon, les autres l'ont poussé à les faire, quelque part : il affirme que ses proches l'ont toujours rabaissé, et que personne ne lui a jamais vraiment tendu la main.

Et il me regarde dans les yeux en m'expliquant que la dernière infirmière à qui il a eu à faire était une sacrée connasse, qu'elle lui a posé plein de questions mais qu'elle n'a rien compris à ses réponses. Et puis qu'elle n'a rien fait pour lui. De toute manière, personne ne fait rien. Alors qu'il est quand même sans domicile fixe, sans revenus même s'il vivote en dealant un peu. Et il vous regarde d'un œil goguenard.

C'est exactement le genre de patients - pour qui la loi n'a pas vraiment de consistance, même s'ils la connaissent très bien - que j'ai vraiment du mal à accueillir. La juste distance se transforme en gouffre abyssal, la bienveillance que j'essaie de maintenir se transforme en rejet naturel m'abandonnant à une nausée tenace, et je simule des poussières dans les yeux à chaque fois que je les lève au ciel, de lassitude.

Maxime est un garçon très malheureux, ne suivant aucune loi sociale et réclamant un dû, a priori accessible mais pour lequel il n'a entamé aucune démarche. Et il vient frapper à chaque porte pour dire à tout le monde bien fort comment tout le monde fait mal son travail.

Errant de services sociaux en cabinets de psychiatre, s'insurgeant dès qu'on le met face à la réalité, fuyant dès qu'il se trouve face aux failles de son système.

Touchant la fin de sa plaidoirie - Ô combien émouvante - Maxime m'affirme que je suis le seul recours qui lui reste. La personne qui pourrait tout changer, si je m'intéresse vraiment à ce qui lui arrive. Si je prends la peine d'écouter une parole que personne n'a entendu jusqu'à lors. Maxime me scrute. Je lui explique qu'il a sollicité les bonnes personnes, qu'il ne lui reste plus qu'à suivre leur conseils. Et je lui tends le téléphone, en priant très fort pour que le temps s'accélère.