Un souffle d'air m'a fait délaisser l'écriture sur ce blog depuis début 2014, mais je compte bien y revenir. Parce que c'est important pour moi de tracer ce qu'il se passe dans mon quotidien d'infirmière, même si je n'écris pas tout, même si je suis partiale, assujettie à mes propres perceptions.

Ma graphorrhée habituelle a laissé place à un quasi désert lexical, qui fait peine à voir : peu d'articles, et peu de substance dans ceux que j'ai réussi à expulser ; si je les avais dits à l'oral, ç'aurait été d'une voix blanche. Parce que j'aime à chercher les causes, il est probable que j'ai laissé la source se tarir au profit d'autres choses, plus vitales et plus essentielles, dans un laps de temps qui aura été, à mon goût, bien trop long.

Et puis trêve de louvoiements, je pose ici la question sans ambages : pourquoi écrire ? 
S'il y a une réponse claire, nette, qui me vient directement à l'esprit, c'est celle-ci : écrire pour pouvoir se relire.
Relire, et non pas relier, qui est un lapsus (de clavier) si facile qu'il vient d'échapper à mes doigts. Mais, au fond, se relire, c'est bien une histoire de lien ; voilà ce que j'écrivais il y a six mois... Où en suis-je maintenant ? L'écriture fixe quelque chose de ce qui se meut en permanence au fond de mon être, et qui se convertit en actes, dans ma pratique de soignante.
Mais il y a aussi autre chose, de bien plus trivial (au sens de l'évidence) : le plaisir. Ecrire pour le plaisir de voir se former des mots sur cette journée si particulière qu'on vient de vivre, sur ces moments d'équipe parfois difficiles, sur ces rencontres de patients qui peuvent se révéler complexes et dont on ne peut tout comprendre... Ecrire pour se délester, et pour ressentir la double satisfaction de le faire, et de savoir qu'on pourra revenir y faire un tour, revivre ce moment qui nous a marqué (et a été marqué), d'une manière un peu différente, un peu décalée. Comprendre qu'on ne répète jamais tout à fait les mêmes erreurs. Pouvoir, avec quelques années de recul, constater quelques évolutions (c'est bien plus efficace et formateur qu'un entretien d'évaluation annuel), et, oserais-je... Cela amène aussi à déjouer un peu ce surmoi interne, si féroce lorsqu'il est sans mémoire.

En faisant le tour de la question (bien dodue, soit dit en passant), cet espace virtuel, ces mots, petites pattes de mouche calibrées en Tahoma 10 pts, m'ont vraiment manqués. Je suis actuellement amputée de presque deux ans ! Presque deux ans sans un écrit qui vaille, sans une lettre à moi-même, sans un récit de mes péripéties.
Bien sûr, il y a eu Séréna, Mathilde, Maxime et Juliette. Quatres pâles silhouettes qui se seraient sûrement remodelées dans ma mémoire, si je n'y avais posé mes mots, juste après les rencontres. Mais, à côté de cela, il y a eu les tranformations d'équipe, les moments de doutes, l'engouement créatif, les réformes institutionnelles... Et j'ai l'impression d'avoir traversé ces instants multiples, en en percevant seulement quelques facettes, un peu plus brillantes que les autres, sans pouvoir autant parvenir à attraper leurs nuances et à fixer leurs reflets dans un récit qui m'aurait béquillé dans les moments un peu plus ardus.

Ainsi soit-il, et, surtout, à bientôt pour de nouveaux mots, posés ici.