Voir les mêmes visages tous les jours. Partager les mêmes réflexions et analyses.

Entendre toujours les mêmes histoires anecdotiques : les enfants, la maîtresse, l'école, les parents, la belle-mère, la petite-amie, les projets immobiliers, le sport du dimanche, les dernières promotions commerciales, les difficultés des transports en communs, les travaux dans telle commune... Et, fatalement, la météo.

Avoir un rôle pareil, du jour passé jusqu'au lendemain. En être fatigué, et presque le montrer. Puis, culpabiliser, parce que c'est une chance, tout de même, d'être là. De faire cette version de mon métier, intéressante, stimulante et confortable.

Mais, voilà.

Nourrir secrètement des ambitions complètement hors-sujet. Être attirée vers d'autres domaines - passionnellement, sans pouvoir repousser les assauts de l'imaginaire : et si je devenais artiste, enfin, pour de vrai ?

...

Rien à voir. Laisse tomber. Oublie !

T'as jamais pu suivre ton souhait jusqu'au bout. Infoutue de saisir la chance, il y a presque dix ans de cela. Pourtant, tu aurais pu ! Tu avais les notes, les capacités ! Mais tu as choisi de bifurquer vers un IFSI, comme ça, en laissant tomber tes planches, ton Zap Book, tes graphites et ton encre de Chine. Tu l'as cherché, ce métier ; tu la mérites, cette frustration quotidienne.

Il y a cher à parier, que, même avec une nouvelle chance qui te serait servie sur un plateau d'argent, demain... Tu t'en détournes.

Tellement lâche.

...

Arriver tous les matins à l'heure. Être appréciée professionnellement par ses collègues et partenaires de projets. Être reconnue par sa hiérarchie. Être remerciée par les personnes écoutées et aidées - fleurs, biscuits et chocolats à l'appui.

...

Ça ne te suffit donc pas ?

...

Ingrate.