L'avait-elle aperçue au loin, dans les heures blafardes d'une nuit de fête, cet été deux-mille dix-sept à Amsterdam ? Ou était-ce plus sournois, sous-jacent - une ancienne image imprimée comme en relief, dans sa mémoire d'enfant ?

Elle ne sut me le dire.

Quelque chose était venu se greffer, toutefois, sur cette image sexuelle. Ce premier rapport qu'elle décrivait forcé - "j'ai jamais appris à dire non", comme une justification d'elle-même.

C'est ainsi que Yacinthe, après des mois passés au fond de son lit, ses cheveux blonds sales tombant en dreadlocks, avait repris - un peu trop - goût à la vie. Le flamboyant élan l'avait emmenée tourbillonner dans tous les festivals de l'été - "je ne dormais plus, j'aimais trop, tout ça m'a cassée [...] j'y ai perdu mon sens de l'être". Amours à foison, musiques, danses et LSD.

Et Yacinthe n'a pas senti le moment où ça a déconnecté - son corps est resté branché, son psychisme est parti en torsade de pointe. Elle a pris un avion pour Katmandou, au dernier moment, en payant une fortune. Une nouvelle vie commençait, "j'étais persuadée d'avoir trouvé la solution à tous mes problèmes, pour moi c'était le paradis, c'était ma vie, l'accès au bonheur", avant de déchanter sévère.

Dix jours plus tard, retour sur Terre, larmes de crocodiles et cheveux sales. Yacinthe était en descente de LSD et de manie, et elle tentait de faire tenir sa folie dans quelques mots - "j'avais vu quelque chose, j'ai eu besoin de l'oublier".

Le délire parvient quelquefois à estomper l'hallucination. Yacinthe s'est fragilement agrafée au monde réel, tentant de faire tenir tout cela ensemble. Un glissement de sens, consumé comme une allumette.